La maitrise de la souffrance au travail ne pourra devenir une réalité que lorsque l'on pourra quantifier la souffrance ou quantifier la pression. Mesurer les conséquences ou mesurer les causes.

Ensuite il conviendra, comme dans tout système de régulation, de déterminer les paramètres sur lesquels on peut agir...

Pour le moment, la créativité se limite au numéro vert et à la cellule d'assistance psychologique. probablement 2 cautères sur un jambe de bois, si ni l'un ni l'autre n'agissent sur les causes mais compensent - un tant soit peu-  les conséquences. Sauf qu'à mettre en place des moyens inadaptés, on charge la barque du mépris et de la non reconnaissance. On charge aussi la barque de la charge de travail si ces enquêtes ou ces entretiens se font sur le temps de travail sans que la charge soit adaptée.

Reste la solution imaginée pour les infirmières. Puisque leur charge est importante, puisqu'il n'y a pas assez d'infirmières dans les hopitaux, puisqu'elles ne sont pas assez payées et considérées pour susciter des vocations, il suffit de faire travailler davantage celles qui sont en poste, quitte à rémunérer leurs congés non pris.  Comme ellles sont mal payées, cela va améliorer leur salaire.... On marche sur la tête ! Et les médias reprennent ces solutions sans  le moindre sourire... idem pour les médecins..

Pendant ce temps, les salaires des dirigeants d'hopitaux gonflent, les obligations de suivi qualité transforment en paperasse ce qui était règles de l'art et comportements professionnels au bénéfice d'une administration pléthorique autoentretenue...

C'est bien ce basculement qui est en cause : un nombre de plus en plus limité d'opérationnels, face à une charge de travail accrue, et  une augmentation du nombre de gestionnaires, financiers ou RH qualité, qui ne contribuent pas à diminuer la charge mais l'augmentent.

Peut-on envisager pas de mettre à plat l'organisation et les organisateurs du travail.

Une idée de mesure : la plupart des entreprises ou administrations ont diminué drastiquement les services d'appui  sans toucher aux exigences administratives qu'ils avaient développées, sans offrir des outils  adaptés ( reprographie, secrétariat, suivi gestion, voyages...). d'ou un nombre de taches à exécuter très importantes.

Je propose de mesurer le nombre d'activités différentes faites chaque jour par chaque salarié. Puis le temps consacré à chaque activité. Puis de mesurer le nombre d'étapes nécessaires à la réalisation de chaque activité.

On peut également mesurer le nombre de documents prescriptifs, ou de référentiel technique  de l'activité... et leur cadence de mise à jour.

Pour la mesure du stress, les médecins du travail ont déjà établi des grilles de perception du stress. Elles ne sont pas publiques. Sont-elles adaptées? Qu'en font-ils?

Ainsi j'ai pu entendre avec surprise qualifier par un médecin un service "ou tout va bien" un service ou personne ne parlait à personne, ou chacun était muré devant son ordinateur, sans partage, sans relais, ou chacun attendait l'ordre du chef pour toute action..ou le sourire, le rire étaient totalement absent.. des zombies.. J'ai vu les mêmes plus tard dans une vraie équipe de travail. Rires, partages, échanges, moments festifs, fierté du travail, partage de la charge, recherche de solutions.. Le medecin du travail a t-il vu la différence? Son système de mesure est-il vraiment pertinent?

Mesurons, corrigeons avec des actions agissant sur les causes.. et l'amélioration de la qualité aura vraiment un sens pour les opérationnels.